Interview littéraire 2013 – Sébastien Teissier

interview litteraire428719_106575139549010_990193054_nSébastien Teissier n’a pas encore un nom bien connu, en dehors du cercle des accros de thrillers défricheurs de talent. Pas encore…

Avec son premier roman, pour le moment uniquement disponible en version numérique, il propose un thriller sacrément paranoïaque et qui mérite clairement qu’on s’y attarde.

Voici un entretien avec l’auteur, pour les découvrir, son roman et lui. Merci à Stéphane pour ses passionnantes réponses !

Ma chronique de X

Question rituelle pour démarrer mes entretiens, pouvez-vous vous définir en trois mots, juste trois ?

Rationnel, passionné et bordélique.

Qui êtes-vous, Sébastien Teissier ?

Je suis un scientifique. J’ai travaillé pendant douze ans en tant que chercheur sur le cancer du col de l’utérus. Après avoir obtenu ma thèse à l’Institut Pasteur en 2006, je me suis installé à Singapour avec ma femme (elle est également scientifique) où nous avons continué nos recherches. Récemment, je me suis éloigné de la virologie et je supervise des travaux académiques liés à la peau et sa régénération en collaboration avec l’industrie.

En parallèle de mes travaux scientifiques, j’ai toujours été passionné de littérature, de cinéma, de philosophie et de mythologie. J’ai beaucoup lu sur les méthodes d’écriture notamment sur celles qui permettent de créer un coup de théâtre « sans tricher ».

Présentez-nous votre roman « X » autrement qu’en nous donnant son résumé « officiel »…

X est un puzzle. Je pense que le meilleur moyen de définir le livre, autrement qu’en résumant l’histoire, serait d’expliquer mes intentions en l’écrivant. Comme je le disais plus haut, j’ai lu un bon nombre de méthodes d’écriture. J’ai ruminé ces procédés pendant un peu plus de dix ans avant d’avoir l’idée directrice de X. Mon but a d’abord été de m’amuser avec le lecteur. Beaucoup d’auteurs disent qu’ils ont écrit le livre qu’ils auraient aimé lire. Cette réponse, faute d’être originale, contient toujours un fond de sincérité. Je trouve souvent les dénouements bien avant la fin des livres. J’ai voulu écrire le livre dont je n’aurais pas deviné la fin ce qui semble paradoxal sachant que c’est moi qui l’ai écrit.

X, au-delà de son histoire, aborde des questions qui me sont chères. Il s’agit d’une réflexion sur l’information, sa transmission et sa matérialisation. Cela peut sembler un peu abstrait mais nous faisons perpétuellement face ces problématiques. X s’intéresse également au déterminisme, aux paramètres motivant les choix en remettant en compte le concept de libre-arbitre à travers le personnage de Félix et de ses capacités incroyables.

Ce thriller est complexe, un véritable puzzle comme vous le disiez. Comment construit-on une telle histoire (plan détaillé et/ou part d’improvisation lors de l’écriture) ?

Et bien c’est un mélange de tout cela. J’ai d’abord écrit l’histoire principale telle qu’elle s’est déroulée (ce qui est arrivé à ce pauvre agent de la police scientifique) et puis j’ai commencé à travailler la manière dont j’allais la raconter ou plutôt comment le lecteur allait la découvrir.

J’ai créé des fiches détaillées sur les personnages ainsi qu’un plan des chapitres avec un cahier des charges de ce que le lecteur devait savoir et surtout de ce qu’il devait penser avoir compris. Les choses se sont corsées au niveau de l’écriture car j’ai dû procéder à beaucoup de modifications de la version originale pour des raisons de rythmes et de cohérences des personnages. La plus grande modification que j’ai dû faire ayant entraîné les plus importants remaniements de l’histoire a été sur le personnage de Félix. Je l’avais imaginé très classique au départ. Il était un peu le personnage secondaire de François. C’est au moment où je l’ai introduit dans le chapitre 6 que le personnage s’est imposé à moi. Je me suis laissé aller jusqu’au bout de ce que je pensais être un délire.

C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que, bien qu’un livre ne puisse pas être écrit en écriture spontanée, il ne fallait pas négliger la force de celle-ci. 90% du personnage le plus complexe du livre était né en quelques instants. J’étais très satisfait de ce chapitre et j’ai alors décidé de faire une pause dans l’écriture et d’intégrer pleinement les spécificités de ce personnage dans l’histoire et d’en tirer le maximum.

Je ne peux pas parler de Félix sans mentionner Daniel Tammet dont je me suis très librement inspiré pour ce personnage. Cet homme possède des capacités intellectuelles incroyables causées par des lésions cérébrales ayant entraîné des communications entre ses aires cérébrales. Il possède la capacité d’apprendre n’importe quelle langue en seulement quatre ou cinq jours, il peut effectuer des calculs complexes en un temps record et il est pleinement conscient de ses facultés et parvient relativement bien à expliquer comment son esprit fonctionne.

946946_106584012881456_28773153_nComment se déroulent les recherches pour ce type d’histoire ? Votre milieu professionnel actuel vous a-t-il aidé à la construction de l’intrigue ?

Le livre est juste en ce qui concerne l’aspect scientifique. Beaucoup de livres policiers contiennent des erreurs lorsque le sujet s’en rapproche et être chercheur a été un grand avantage. Toutes les erreurs ne sont pas gênantes et très souvent le public ne les remarque pas.

Quelques fois, on peut sentir que l’auteur est réticent à l’idée de s’aventurer sur un terrain qu’il ne maîtrise pas complètement. Être scientifique m’a beaucoup aidé dans la conception de cette histoire. Bien que les événements puissent être perçus comme étant à la limite du fantastique, tout ce qui y est décrit est scientifiquement possible.

Quelles sont vos influences littéraires et comment faire pour trouver sa propre voix ?

C’est difficile d’énumérer tous les auteurs qui m’ont influencé directement ou pas. Les premiers qui me viennent à l’esprit sont H.P. Lovecraft, Robert Bloch, Edgard Allan Poe pour la structure de l’histoire quant à l’histoire en elle-même, j’ai pris quelques idées chez Pierre Boule ainsi qu’au cinéma (Mister Frost avec Jeff Goldblum, un film très peu connu mais terriblement efficace).

Se faire éditer est compliqué, pouvez-vous nous parler des difficultés qu’on rencontre lorsqu’on est à la recherche d’un éditeur ?

Oui, c’est très compliqué. Je ne veux pas jeter la pierre aux maisons d’édition car ils reçoivent un nombre incroyable de manuscrits par an et il n’est pas imaginable de tous les traiter même s’ils affirment souvent le contraire. Malgré tout, lorsqu’on cherche à trouver quelqu’un prêt à investir dans votre histoire, il est illusoire d’imaginer qu’envoyer le manuscrit à la maison sera suffisant pour être remarqué. Il est nécessaire d’avoir un coup de main.

Pour ma part, je n’ai pas baissé les bras après tous les refus, je croyais dans mon livre malgré tout et j’ai décidé de le vendre sur internet afin de créer un petit événement.. Ça n’a pas été facile au début et les réseaux sociaux m’ont beaucoup aidé. La communauté de fans de littérature est très forte et n’hésite pas à aider un auteur qui débute. Ça permet de faire parler de soi et de commencer vendre quelques exemplaires.

Comment se passent les démarches pour être référencé sur les plate-formes numériques quand on n’a pas d’éditeur ? Les négociations sont-elles ardues ?

Je n’ai proposé X que sur la plateforme d’Amazon, je n’ai pas eu à négocier. Ils offrent des outils pour l’auto-publication très efficaces et on peut mettre son livre en ligne très facilement, sans effort. Si on accepte de proposer le livre uniquement sur leur site, il est possible d’obtenir un taux de redevance plus élevé.

Quels sont les moyens alternatifs pour se faire connaître quand on n’est pas soutenu par un éditeur ?

Vous, les blogueurs, les passionnés de la lecture. Je n’avais pas de compte Facebook avant de mettre X en ligne et, en cherchant à faire connaître le site du livre, j’ai rencontré une communauté de lecteurs très actifs. Quand on n’a pas d’outil marketing, le seul moyen sur lequel on peut et on doit miser, c’est le bouche-à-oreille.

Il ne suffit pas d’aller sur un groupe Facebook pour faire de la pub pour son livre, il faut contacter les gens directement, leur donner le livre à lire et discuter avec eux. Cette expérience m’a beaucoup appris et surtout, elle m’a apporté plus que je ne l’aurais imaginé. Approcher les lecteurs directement m’a fait découvrir un monde que je ne soupçonnais pas et m’a permis de tisser des liens que je n’aurais pas imaginés.

Le parfait exemple et ce que nous avons baptisé « la parenthèse ». Il s’agit d’une communauté d’auteurs réunis autour de leur « Taulière » Nathalie Brault. Le groupe est composé d’auteurs vraiment talentueux comme Ellen Guillemain, Samuel Sutra, Didier Fossy, Saint-Fromond/Sébastien Lepetit, Jérôme Fansten, Jean-Baptiste Abergel, Jacques Saussey ou Florent Marotta. Nous partageons nos expériences, nos galères et nous tentons de nous entraider dans la limite de nos faibles ressources. Je dirais que le moyen le plus efficace pour qu’un livre commence à se faire un nom, c’est le contact humain et Facebook permet de contacter beaucoup de passionnés.

Quelques mots sur la future version papier ?

X sortira en janvier 2014. La version sera légèrement différente de celle que j’ai proposé au départ mais que ceux qui l’ont déjà acheté se rassurent, une mise à jour de leur version se fera automatiquement quand le livre sortira. Il y aura moins de points d’exclamation au kilomètre !!!

Certains personnages, comme Martha, seront un peu modifiés. L’éditrice (Madame Sabine Sportouch) a été de très bon conseil et je pense qu’il était sage de l’écouter.

Ce blog est fait de mots et de sons. Quelle part prend la musique dans votre processus créatif ?

La musique est très importante pour moi. Lorsque je n’écris pas, j’essaye de trouver des chansons qui m’inspirent et qui aident mon esprit à vagabonder. Pour X, j’ai beaucoup écouté « This night » de Black Lab, un groupe rock indépendant et « The first of me » de Hoobastank. Il était fréquent que je les réécoute juste avant de me mettre à écrire, cela m’a beaucoup aidé à me retrouver dans l’état d’esprit et éviter au lecteur de sentir les moments de pause.

Vous avez le choix entre nous donner le mot de la fin ou votre dessert préféré…

X n’est que le premier tome. La suite sortira bientôt et s’intitulera « les enfants de Prométhée ». Je ne peux pas en dire plus mais j’aime bien la tarte au citron.

La version numérique est en vente au prix ridicule de 2,99 €.

Site internet du livre

Bande annonce vidéo du livre

Chronique littéraire – Radio Shalom

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Catégories :Interviews littéraires

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30 réponses

  1. Une bonne idée que de soutenir ce roman, même s’il n’est pas encore disponible en version papier. Je souhaite à l’auteur de tomber sur un éditeur aussi bon et hmain qu’Alain Carrière pour la suite.
    Bonne chane et merci à Yvan de nous aider à trouver des talents cachés !

  2. Merci pour cette découverte. .. toujours à l’affût de nouveaux auteurs qui ont de sacrés bons moments à nous faire passer…
    Si en se faisant plaisir, on peut les aider….
    Je commence sa lecture dès que j’ai réussi à télécharger sur ma tablette ce qui pour l’instant n’est pas le cas… grrrrrrrrrrrr….. mais je persévère….

  3. Tres heureuse de cette article, les lecteurs vont decoivrir un tres bon livre et un auteur de talent et d’une grande gentillesse. Merci Yvan

  4. Direct dans ma liste d’achats de janvier (version papier oblige) ^_^

  5. Ah ben moi je suis une privilégiée …
    J’ai « connu » Seb avant tout le monde. Je suis directement tombée « en amour » pour son livre.
    Un super thriller qui a été lu d’une traite. J’ai hâte pour lui que son livre sorte en édition papier, ce qui devrait arrivé sous peu … Pour qu’il puisse se remettre au travail et nous livrer « Les enfants de Prométhée ».

  6. Hé, une bonne idée de soutenir un petit auteur (face à certains poids lourds) qui vent son livre pour la modique somme de 2,99€ (je râle, j’ai pas de liseuse, et lire sur le PC, pas facile, et non, je n’imprimerai pas tout son ouvrage, sinon, la direction comprendra pas que j’aie usé toute la cartouche neuve de l’imprimante !).

    Mais puisque la version papier arrive en janvier, no stress ! J’attendrai un peu…

    Merci de leur donner la parole, Yvan 😉

  7. Excellente initiative Gruz que de donner la parole aux jeunes auteurs.
    Si toi tu ne fais pas de différence entre les « nouveaux » et les « anciens », ce n’est malheureusement pas toujours le cas des éditeurs qui se réfugient souvent derrière les valeurs « sûres ».
    C’est donc tout à ton honneur que de proposer une tribune aux nouveaux venus.
    Bravo

  8. Waouhhh!!! Je suis friande de ce genre de lecture…je le note…j’attends la version papier!!! J’apprécie beaucoup ce que dit ce monsieur…il m’épate déjà sans l’avoir lu!!!!

  9. Un grand merci pour ton interview qui m’a fait découvrir cet auteur et ta chronique par la même occasion. J’étais totalement passée à côté de ce livre et cela aurait été vraiment très dommage pour moi. J’ai beaucoup aimé ce livre, car il a été une agréable surprise. Hâte d’avoir le prochain en papier !!!

Rétroliens

  1. Récapitulatif des interviews – Février / octobre 2013 | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  2. Récapitulatif des interviews – février / novembre 2013 | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  3. Récapitulatif des interviews – février / novembre 2013 | EmOtionS – Blog littéraire et musical

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