Interview de libraire 2013 – Pépita Sonatine / Librairie Maison Lacoste

interview libraire

Le monde de l’édition est en pleine mutation (doux euphémisme). La crise rend difficile le travail des libraires indépendants, jusqu’à poser un voile de doute sur leur avenir.

Pourtant les librairies indépendantes ont tant à apporter à leurs clients !

Troisième épisode de mes entretiens avec les libraires, pour parler du métier, de son évolution, de leur passion, de leurs doutes et des solutions qu’ils envisagent pour tenir la barre.

1237859_213968825435935_2101223595_nC’est au tour de Pépita Sonatine (vous la rencontrerez peut-être sous ce pseudo), libraire à la librairie Maison Lacoste de Mont-de-Marsan.

Un grand merci à elle pour nous faire partager son travail et surtout sa passion. Une passion qu’on sent au travers de chacun de ses mots.

Quelques mots pour présenter ta librairie aux lecteurs ?

Notre librairie  »Maison Lacoste » se situe au centre ville de Mont-de-Marsan, s’étendant sur une surface de 500m2, que nous partageons avec la papeterie du même nom.

Crée en 1950, elle a été reprise il y a 20 ans par M. et Mme Ducher nos patrons actuels. Mon équipe se compose d’un trio de choc, (Pépita Sonatine, Ellana Caldin et Charlotte Dubernet) dont je suis la responsable, avec 30 ans d’ancienneté dans le métier du livre. Mon domaine de prédilection  »le polar » et le rayon jeunesse.

Peux-tu nous décrire la journée type d’un libraire ?

Il n’y a pas de journée type ; en fait nous avons un métier très varié et des journées bien remplies mais rien n’est établi à l’avance car notre quotidien est parsemé d’aléas : flux de clientèle, visite surprise de bibliothécaires, etc…

Nous commençons toujours notre journée par un partage de nos lectures en cours, ensuite nous faisons le point des commandes clients de la veille : transmission commandes internet, fax, mails, réclamations si trop de retard…

Dans le courant de la journée, nous réceptionnons les commandes des clients que nous appelons pour les tenir informé de l’arrivée de leur livre. Puis, selon les arrivages, nous mettons en place les nouveautés. On n’imagine pas le nombre impressionnant de titres qui sortent chaque jour et ce quelque-soit les domaines : littérature, pratique, jeunesse.

Nous recevons régulièrement des représentants des différentes maisons d’édition avec qui nous travaillons ces nouveautés qui arriveront trois mois plus tard. Une fois par mois, nous retournons les ouvrages ayant plus de trois mois de présence en librairie, ainsi cela nous permet de faire place à la nouveauté.

Toutefois, la plus grande partie de notre travail journalier se résume à accueillir et conseiller les clients. En fin de journée, nous faisons le point des ventes et faisons le réassort des titres vendus que nous désirons recevoir à nouveau.

Quel est l’avantage selon toi d’acheter chez un libraire indépendant ?

Notre fierté : nous mettons un point d’honneur à reconnaître nos fidèles clients ; nous connaissons leur nom, leurs goûts, leurs envies. Certains ont même une petite PAL (pile à lire), mise de côté par nos soins, soit parce que nous avons repéré la nouveauté qui leur conviendra (espérons-nous ! ), soit parce qu’ils ne peuvent pas tout acheter le même jour (porte-monnaie oblige !).

De ce fait, nous leur faisons une petite place sur nos étagères pour leur prochain passage. Cet échange libraire-client ne peut se faire qu’en librairie.

Comment vivez-vous la crise actuelle au travers de cette profession de libraire ?

Actuellement, nous ressentons un ralentissement certain de l’activité ; ce qui nous oblige à une vigilance plus soutenue de notre stock et de nos rayons. C’est pourquoi nous devons et aimons très fréquemment changer les présentations faites sur les tables.

Nous jonglons avec l’actualité du moment et les différents thèmes de saison. De plus, nous avons constaté un détournement certain vers le livre de poche. On n’achète plus le dernier Musso ou le dernier Lévy comme hier, on attend qu’il sorte en poche !

Le métier est-il en train de changer ? On limite le stock dormant de plus en plus, notamment en période de rentrée scolaire, littéraire ou de fin d’année. Avant nous commandions certains titres par 10, 20…. Aujourd’hui, nous attendons de voir ce qui marche et nous réagissons au coup par coup. De ce fait, nous devons être beaucoup plus réactives à l’actualité (presse, radio, médias).

Quelles sont, selon toi, les clés pour continuer à avancer ?

L’accueil client est primordial. Nous essayons de fidéliser nos lecteurs grâce à la qualité de nos conseils. Les joies de notre métier : faire partager nos coups de cœur.

Un client qui revient vous voir uniquement pour vous remercier de votre bon conseil est une récompense pour nous et c’est ce qui nous aide à croire que les libraires ont encore un métier d’avenir.

D’autre part, nous organisons des dédicaces (Anna Gavalda, Ingrid Desjours, Karine Giebel…..) qui nous permettent d’animer notre librairie et de la faire découvrir.

Depuis peu, nous communiquons sur nos auteurs préférés et nos lectures en cours grâce à notre site internet ou via Facebook. J’ai été surprise de découvrir une véritable communauté du polar, avec des passionnés de lecture, des blogueurs comme toi, des auteurs proches de leurs lecteurs. C’est un réel plaisir d’échanger entre nous.

La vente en ligne est-elle amenée à se développer dans votre activité ?

Ce n’est pas encore d’actualité. Nous serons sans doute obligés de nous poser la question d’ici peu de temps. Avec Amazon sur le marché, nous allons devoir réagir.

Quelle est ta position par rapport au numérique ?

Le numérique va probablement nous enlever une part de marché, toutefois, le livre n’est pas mort. Il y aura toujours les amoureux du papier, de son odeur, de son toucher. Il reste beaucoup d’inconvénients pratiques au développement du numérique, ainsi qu’un prix abusif, peu attractif.

Quels sont tes derniers coups de cœur littéraires ?

Mon dernier coup de cœur de la rentrée littéraire est sans aucun doute le dernier livre d’Eric Emmanuel Schmitt « les perroquets de la place d’Arezzo ». Roman sensuel, délicat, plein de personnages attachants autour d’une intrigue originale : chacun reçoit une lettre anonyme….n’oublie pas que je t’aime. Signé tu sais qui. un régal !

Je suis en plein dans Fabio M. Mitchelli, la série des Verticales… j’adore.

Il faut dire que nous sommes gâtés en France, nous avons de très bons auteurs de polars. Voici mes préférés à lire sans modération : Gilles Caillot, Bernard Minier, Ingrid Desjours, Karine Giebel, Barbara Abel et Claire Flavan. Dès le mois d’octobre, les nouveautés vont arriver et nous n’aurons plus de temps pour les lire tous. C’est notre éternelle frustration.

Le mot de la fin ?

Le métier de Libraire est un métier de passionné. Nous avons la chance d’aimer ce que nous faisons, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Je te remercie de l’intérêt que tu portes à notre métier et à son devenir au travers de ton blog qui rassemble tous les amoureux de la lecture. Belles lectures à tous.

Site internet de la Maison Lacoste

9740_213433805489437_1031702521_nLibrairie Papeterie Lacoste

65, rue Lesbazeilles

40000 Mont-de-Marsan

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Catégories :Interviews de libraires

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44 réponses

  1. Merci pour ce super entretien -comme toujours- !!! Quel plaisir de découvrir le visage de Pépita mais aussi sa passion pour son métier ! Merci à tous les deux …

  2. Des libraires passionnés, c’est ce qui donne une âme aux livres ! 😉

  3. J’aime beaucoup l’idée de la PAL pour les fidèles clients !
    Connais-tu la librairie de Banon dans le 04 ? je pense qu’elle te plairait, je suis allée la visiter pendant mes vacances et je vais faire un article dessus très bientôt 🙂

  4. Très belle interview de Pépita !!! On retrouve le côté humain de la relation libraire-lecteur et lecteur-auteur… j’aime à penser que c’est cet aspect qui sauvera le livre…

  5. Comme dit Carine, c’est extra de mettre un visage sur Pepita.
    Et puis elle fait un métier extra aussi. Et on lisant cette interview je me rends compte que son métier de libraire n’est pas si éloigné du métier de bibliothécaire qui est le mien. Beaucoup de point commun. Du réeasort, faire des tables de présentation pour faire vivre les fonds, conseil aux usagés (Clients).
    C’est très agréable de voir des personnes passionnée comme Pépita Sonatine faire leur job.
    Merci Yvan de nous faire découvrir ceux-ci.

  6. Je suis très heureuse aussi de mettre un visage sur Pépita et de lire sa passion pour ce beau métier.
    Tiens ? Je pensais que Barbara Abel était belge….

  7. J’aimerai fortement avoir une libraire comme Pépita!!! Ravie de mettre un visage sur cette « belle » personne avec qui j’adore échanger sur FB! Une seule envie…la rencontrer en vrai!!!! Lire cette interview fut un énorme plaisir pour moi!!! Merci Yvan!!!!

  8. Avoir une librairie, c’est notre rêve à tous, nous lecteurs passionnés. Ce rêve, certaines personnes le réalisent et le font vivre, ont le courage de résister au monstre Internet. Je tire mon chapeau à ces gens qui résistent contre vents et marées et qui, malgré ces conditions difficiles, continuent leur métier dans la passion et l’amour du livre. Merci à eux et merci à toi Yvan de leur donner une tribune pour s’exprimer.

  9. ♪ Pepita mi corazon (pepiti, pepita) ♫ Pepita de mis amores (pepiti, pepita) ♫ Canta me asi (ou-wa) ♪ Canta me asi (ou-wa) ♪ Con amor ♫

    Vous constaterez que j’ai changé le « o » de Pépito en « a » pour l’interview de Pepita, interview qui est une pépite de bonne humeur et de passion pour cette chose rectangulaire qu’est le livre…

    Une passionnée de plus sur le blog de Yvan ! Une femme qui, une fois de plus, fait un métier formidable et le fait bien. Oui, nos libraires font bien leur travail et ils méritent un 18/20 parce que la perfection n’est pas de ce monde.

    Tout le contraire des futurs médecins qui pourront réussir avec un 10/20… Heureusement que les marchands de livres sont là pour élever le niveau. J’aime bien le concept de mini PAL chez son libraire… 🙂

  10. Voilà que de belles réponses à ce magnifique interview … un régal de vous lire chers blogueurs et surtout un grand MERCI à notre Pépita qui véhicule son amour (n’ayons pas peur des mots) et sa passion du livre ,du polar ,de son métier dans toutes ses facettes …. bref Pépita mérite tous ces remerciements et cette reconnaissance … BRAVO tu l’a fait …………

  11. Beaucoup aimé cette interview…
    Merci à toi Yvan….de nous faire rencontrer… Pépita la libraire passionnée ! Arf !

Rétroliens

  1. Récapitulatif des interviews – Février / octobre 2013 | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  2. Récapitulatif des interviews – février / novembre 2013 | EmOtionS – Blog littéraire et musical
  3. Récapitulatif des interviews – février / novembre 2013 | EmOtionS – Blog littéraire et musical
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