Interview de libraire 2013 – Valérie Caffier / librairie Le Divan à Paris

Le monde de l’édition est en pleine mutation (doux euphémisme). La crise rend difficile le travail des libraires indépendants, jusqu’à poser un voile de doute sur leur avenir.

Pourtant les librairies indépendantes ont tant à apporter à leurs clients !

Deuxième épisode de mes entretiens avec les libraires, pour parler du métier, de son évolution, de leur passion, de leurs doutes et des solutions qu’ils envisagent pour tenir la barre.

Un grand merci à Valérie Caffier de la librairie Le Divan à Paris pour ce très bel échange (sur la photo, Valérie avec Kim Thuy lors d’une rencontre à la librairie en mai dernier).

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Quelques mots pour présenter ta librairie aux lecteurs ?

Je travaille au Divan, une librairie de 450 m² située dans le 15e arrondissement à Paris : elle fait partie des cinq librairies Gallimard, avec La librairie de Paris, Delamain et Raspail à Paris et la librairie Kleber à Strasbourg mais elle est gérée comme une librairie indépendante, et nous travaillons avec tous les éditeurs, mêmes les plus petits pour lesquels nous prenons les livres en dépôt.

Nous sommes 11 libraires dont une apprentie et un metteur à part (personne qui réceptionne et retourne les livres, il n’est pas en magasin). Il y a aussi un caissier du lundi au vendredi et deux étudiants pour le we. Je m’occupe de la littérature française et des collectivités (bibliothèques, écoles, comités d’entreprise…), ainsi que des polars lorsque mon collègue qui gère ce rayon n’est pas là pour conseiller les clients.

Peux-tu nous décrire la journée type d’un libraire ?

Voici la mienne : en arrivant nous sortons les présentoirs de cartes postales, puis je vais voir si j’ai reçu de nouvelles commandes des collectivités, qui arrivent par fax, mails ou lettres et je les traite. Je regarde l’avancement de leurs commandes et met en carton pour les expédier au besoin ou relance certaines commandes qui trainent. Cela peut me prendre un quart d’heure ou plusieurs heures selon les jours.

Ensuite en magasin, j’ouvre des cartons et je range les livres, j’installe des nouveautés sur les tables (début septembre, en l’espace d’une semaine, les tables auront complètement changé, c’est toujours spectaculaire !), je conseille les clients et je passe leurs commandes, j’encaisse et fais des paquets cadeaux, je réponds au téléphone, je reçois un ou plusieurs représentants des éditeurs qui présentent les nouveautés à paraitre et en fin de journée, je fais ce que l’on appelle le réassort : je commande les livres que l’on a vendus dans la journée et que je souhaite voir revenir. Je peux aussi accueillir des bibliothécaires qui viennent faire des choix sur place, ou animer  une rencontre le soir.

Quel est l’avantage selon toi d’acheter chez un libraire indépendant ?

Le plus que l’on trouve dans toutes les bonnes librairies, qu’elles soient indépendantes ou non : à savoir, l’accueil chaleureux, les coups de cœur sur les livres, le conseil adapté à chaque client, le service de commande, la diversité de choix, l’écoute, le contact humain.

J’ai travaillé quatre ans au Virgin des Champs Elysées et c’est déjà comme cela que je travaillais, je n’ai pas changé ma façon de faire en changeant de librairie je travaillerai de la même manière partout.

La seule chose qui a changé et qui est très appréciable dans une librairie de quartier est que je connais maintenant la plupart des clients et que j’ai plus de retours sur leurs lectures. Certaines librairies indépendantes sont tristes à pleurer et on y est très mal accueilli, et a contrario on se sent bien et on est très bien accueilli dans certaines grandes enseignes : ce n’est ni une question de taille, ni une question de statut, juste une histoire d’humains et de conception du métier de libraire. La seule certitude que l’on a bien travaillé, c’est lorsqu’un client revient avec plaisir et demande à nouveau un conseil : mission accomplie ! Et ce service, aucun site ne peut vous l’apporter.

Comment vivez-vous la crise actuelle au travers cette profession de libraire ?

Les gens achètent davantage de poches, le panier moyen (la somme moyenne dépensée par un client) a baissé, mais nous sommes relativement préservés au Divan et nos clients ont encore (pour la plupart) un pouvoir d’achat qui leur permet de s’offrir des livres.

Le métier est-il en train de changer ?

Oui et non… Nous travaillons toujours de la même façon mais nous devons prendre en compte de nouveaux paramètres : les gens se fient de plus en plus aux médias dans leurs choix de lecture, ce qui oblige à une veille permanente et il faut savoir offrir un plus aux clients, pour qu’ils ne se tournent pas vers la vente en ligne. Une fois encore, cela passe par la qualité du service rendu.
Nous faisons partie d’une association qui s’appelle « Paris Librairies » et qui regroupe une cinquantaine de libraires parisiens : le but est de mutualiser les stocks afin d’offrir le livre au plus près du client. Paris Librairies possède un service de géolocalisation qui permet de guider le client jusqu’à la librairie la plus proche, celle où se trouve le livre qu’il souhaite.
http://www.parislibrairies.fr

Mais je le fais aussi à travers notre base de données qui me permet de voir les stocks de beaucoup de librairies et je téléphone fréquemment à un collègue pour qu’il mette de côté un livre que nous n’avons pas.

Quelles sont selon toi les clés pour continuer à avancer ?

Poursuivre dans la voie de l’offre la mieux adaptée aux besoins des clients, qui passe avant tout par notre aptitude à transmettre notre passion pour les livres que l’on aime et à comprendre, sentir, cerner au mieux leurs envies de lecture. La sincérité est la clé.

Et développer la vente et la réservation en ligne. Tout ce qui peut aider le client est un plus. Un joli paquet cadeau est un plus aussi ! Un sourire aussi ! Et puis il faut continuer à développer les rencontres avec les auteurs, qui sont très appréciées.

Ce blog parle en partie de polars et de thrillers, peux-tu nous parler de tes derniers coups de cœur en la matière ?

Mes deux derniers gros coups de cœur dans ce domaine sont pour « Un Long moment de Silence » de Paul Colize (La Manufacture de livres) et plus récemment « W3 » de Jérôme Camut et Nathalie Hug (Télémaque). Je me permets de conseiller haut et fort le prochain Pierre Lemaitre «  Au revoir là-haut » qui n’est pas un polar mais un magnifique roman qui sort le 21 août.

Je lis davantage de littérature française car c’est le rayon que je gère et que je dois en lire le plus possible pour en parler aux clients : ça a l’air horrible dit comme ça, mais c’est un pur bonheur de lire et découvrir sans cesse. Régulièrement je lis aussi quelques polars et de la littérature étrangère, surtout quand j’aime les auteurs. Ainsi cet été j’ai dévoré le dernier Stephen king et Dieu que c’était bon.

La vente en ligne est-elle amenée à se développer dans votre activité ?

La librairie a un site qui fonctionne depuis de nombreuses années, et beaucoup de réservations et de commandes :
http://www.librairie-ledivan.com

Nous essayons de mettre régulièrement des coups de cœur, mais pas aussi souvent qu’on le souhaiterait car cela demande du temps, et nous ne le trouvons pas toujours.

Quelle est ta position par rapport au numérique ?

Le Divan a été une des premières librairies à développer un site de vente de livres numériques: http://www.leslivresnumeriques.com

Il existe depuis plusieurs années. C’est une source non négligeable de revenus sur laquelle il serait dommage de faire l’impasse. Et cela « ne soustrait » pas de clients de livres papier. La plupart de nos lecteurs de livres numériques sont aussi des lecteurs de livres papier. Les deux pratiques sont en général complémentaires.

Je ne pense pas qu’il faille se voiler la face, ni faire l’impasse sur le numérique ; il représente une évolution des modes de lecture, et peut-être qu’un jour la tablette ou la liseuse remplacera complètement le livre, mais ce jour là est je pense encore loin de se lever, et c’est tant mieux car ce sera la fin des librairies, voire des bibliothèques et de nombreux petits éditeurs qui n’auront plus la même visibilité, j’en suis persuadée.

Ceci dit les livres numériques connaissent une baisse très nette des ventes aux Etats-Unis où le marché s’était enflammé depuis 2009. Alors…

Le mot de la fin ?

Je suis optimiste quant à l’avenir des librairies : quand je vois le nombre de passionnés de lecture sur internet, de groupes de lecteurs sur facebook et de blogs (comme le tien !) qui fleurissent sur la toile pour partager cette passion,  on ne peut que se réjouir et se dire que les livres, les librairies… et les libraires ont encore un bel avenir !

De toute façon je ne peux qu’être optimiste, car j’aime tellement ce métier que je n’envisage pas de ne plus pouvoir le faire un jour.

Merci à toi, Yvan, de nous donner la parole  et belles lectures à tous !

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Librairie Le Divan
203, rue de la Convention 75015 Paris
Téléphone : 01 53 68 90 68

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Catégories :Interviews de libraires

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32 réponses

  1. J’adore Valérie, la femme, et j’aime voir sa passion pour les livres et son métier transparaître à travers cette interview! Un grand merci Yvan! 😉

  2. Il existe une chose merveilleuse pour certaines personnes, c’est de pouvoir vivre de leur passion. Pour moi, être libraire est un rêve (un jour peut-être…)
    Bravo à Valérie et Yvan pour cette interview 🙂

    • Un métier pas facile, surtout de nos jours, mais quel plaisir de pouvoir concilier travail et passion 😉

      • Un métier facile, ça existe de nos jours ? Libraire est en tout cas un métier qui me fascine et Valérie parlent très bien des valeurs qui lui tiennent à coeur et que je partage. Le plus important : la sincérité 🙂

  3. Ravie de découvrir cette interview et de découvrir tes journées et ton univers Valou ! Des bisous …

  4. Rhâââ, voilà une adresse à ajouter en plus à tous mes endroits de perditions parisiens… je ne vais à Paris qu’une fois par an (parfois plus, parfois moins, ça dépend).

    Devine où j’entraîne mon chouchou ? Dans les bouquineries, of course. Ici, ça fait du bien de lire l’interview d’une libraire qui en veut, qui aime son travail et qui sait conseiller le client. Quand tu tombes à la FN** sur un mec d’un rayon « livres » (pas le rayon cuisine, hein !) qui te dit « qui ? » quand tu demandes s’ils ont des ouvrages sur Jack l’Éventreur… heu ? Même en anglais, il ne savait pas de qui je parlais.

    Ici, on sent qu’elle travaille avec passion, pas juste pour gagner sa croûte ! Chouette interview, merci Yvan, merci aussi à Valérie pour les réponses !

  5. Quel plaisir de vous lire!!! Ma Valou est la libraire que j’aimerai avoir dans ma petite ville…une libraire passionnée, fort agréable, consciencieuse dans son travail..le tout avec une forte dose de sympathie et un mélange de sérénité!! Sans compter son attention envers ses clients! J’ai eu l’immense chance de la rencontrer durant mes vacances et je peux vous assurer que cette femme est extraordinaire…une amie formidable que j’adore fort!!!!

  6. Moi, mon gros coup de coeur, c’est pour Valérie !

  7. Merci à tous pour ces commentaires qui me touchent. Je vais rougir dans mon coin….

  8. Je suis ravi de retrouver Valérie telle qu’en elle-même : enthousiaste, passionnée, animée par l’amour vrai qu’elle porte aux livres et aux gens. Elle aime son métier et en parle avec passion.
    Alors, ma Valou, va rougir dans ton coin si tu veux, mais ça ne changera rien au fait que nous, on t’aime. ne change rien, surtout!!!

  9. Une très belle interview qui remotive et donne la pèche.
    Merci à Valérie pour sa passion que j’espère contagieuse. C’est vrai qu’il faut du courage pour faire ce beau métier de libraire.
    Dommage que le Divan soit à l’autre bout de Paris. J’en aurai bien fait une de mes librairie préférées. Mais promis Valérie, j’essaierai de te soutenir autrement…
    Et merci aussi à toi Yvan pour nous faire rencontrer des gens merveilleux et passionnée comme Valérie.
    Oui très belle rencontre.

  10. Merci Yvan de donner la parole à une libraire aussi sympathique et enthousiaste ! Valérie merci pour avoir dévoilé un peu de ton quotidien ! J’aime énormément la belle énergie que vous déployez pour transmettre une passion commune, l’ amour des livres, et la joyeuse générosité du partage des passions. Merci ! mes vendeurs de rêves préférés : Libraires et blogueurs ! 😀 ❤

Rétroliens

  1. Récapitulatif des interviews – Février / août 2013 | EmOtionS – Blog littéraire et musical
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