Interview – 1 livre en 5 questions : Je l’ai fait pour toi – Laurent Scalese

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1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre. 5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Laurent Scalese - Je l'ai fait pour toi

Laurent Scalese

Titre : Je l’ai fait pour toi

Sortie : 22 septembre 2016

Éditeur : Belfond

Lien vers ma chronique du roman

Avec ce roman, c’est une nouvelle aventure qui s’ouvre pour toi. Qui est donc ce fascinant Commandant Samuel Moss ? Comment le décrirais-tu ?

En effet, après le policier pur et dur, le thriller, le roman noir et le fantastique, j’ai eu envie d’explorer un autre territoire : celui du polar Feel Good.

Je l’ai fait pour toi a été conçu pour plaire aux lecteurs de romans policiers, ceux qui ont envie de jouer au petit jeu intellectuel auquel nous aimons tous jouer : la résolution d’une enquête criminelle tortueuse, pleine de surprises, où chaque détail a son importance. Le but est que le lecteur s’amuse à démêler les fils d’une intrigue où rien n’est laissé au hasard, qu’il soit pressé de connaître le fin mot de l’histoire. Il sera amené à se poser sans cesse des questions, dont celle-ci : s’agit-il d’un meurtre ou non ? Si c’est le cas, sommes-nous dans la mécanique du crime parfait ?

Une configuration qui intéresse particulièrement notre héros, le commandant Samuel Moss, au point qu’il s’est spécialisé dans la résolution des affaires a priori impossibles à résoudre. À côté de ça, il y a un aspect véritablement ludique, que je voulais absolument l’intégrer au récit. Il est servi par des personnages fun. Du coup, le livre comporte son lot de scènes drôles, cocasses, mais aussi émouvantes, et même élégantes, voire surréalistes, compte tenu de la personnalité de Moss.

Pour en dire plus sur lui – mais pas trop -, il est fasciné par ceux qui ont réussi à élever le meurtre au rang d’art, et qui n’ont, selon toute vraisemblance, commis aucune erreur, ni avant, ni pendant, ni après l’exécution de leur forfait. La grande difficulté pour lui sera de trouver la faille, car il est persuadé qu’en toute chose il y en a toujours une. Pour cela, il prêtera une attention particulière aux détails, même (et surtout) les plus infimes.

Moss méprise la médiocrité, il respecte l’intelligence, il recherche l’excellence. Il n’est jamais dans la demi-mesure, dans l’à-peu-près. J’ai pris un plaisir immense à camper ce personnage.

Plus j’avançais dans l’écriture, plus je le trouvais amusant – il m’a beaucoup fait sourire, et rire -, surprenant, touchant. Il s’écarte de la norme tout en restant accessible. S’il est fasciné par la subtile perfection du crime, il est loin d’être parfait. Il peut être caustique avec ses collaborateurs et les suspects, il a ses névroses – et pas des moindres. Quoi qu’il en soit, les lecteurs qui feront sa connaissance le trouveront attachant, parole de Scalese !

On sent que tu as axé ce roman sur le divertissement du lecteur, tu l’as fait pour lui. Est-ce une réponse à la lourdeur de l’actualité actuelle ?

Absolument. Tu as raison, l’ambiance actuelle en Europe, et en France notamment, m’a orienté vers cette histoire, elle a guidé ma plume, en quelque sorte. Le contexte politique, économique et social, sans parler du terrorisme, aujourd’hui présenté comme une fatalité, tout cela finit par être écrasant. Les médias ne vendent plus l’espoir mais le désespoir, les politiques pérorent beaucoup mais n’ont toujours pas de vision ni de solution, trop préoccupés qu’ils sont par la conservation du pouvoir.

Du coup, personnellement, je suis arrivé à saturation des thrillers sombres, voire glauques, quand bien même ils sont censés dénoncer les dérives, les dangers, les aberrations de la société. Lorsque j’ai écrit Je l’ai fait pour toi, j’avais envie de lumière, de légèreté, de sourire, de rire. Cela n’empêche pas le livre d’avoir de vrais thèmes de fond, comme le deuil, la reconstruction après la perte ou la disparition d’un proche, l’absence de père, le sentiment de culpabilité, le poids du passé…

Tu as apporté un soin tout particulier au développement des personnages et des dialogues, au point qu’on a très vite l’impression que les protagonistes se matérialisent devant nous…

Je fais partie des écrivains qui sont convaincus que les personnages représentent le sel d’une histoire, quel que soit son support, littéraire, audiovisuel ou cinématographique.

Si les personnages sont bien campés, s’ils entrent en résonance avec notre propre humanité, nos propres émotions, le lecteur les suivra où qu’ils aillent, au bout du monde.

Quant aux dialogues, ils permettent de caractériser les personnages, de leur donner encore plus de profondeur. Ce n’est pas un exercice évident, mais lorsqu’il est réussi, il procure une satisfaction à nulle autre pareille. Et puis, c’est le moment crucial où le lecteur « entend » les personnages s’exprimer.

Ton intrigue se déroule dans le milieu littéraire et tu fais de plusieurs clins d’œil aux séries et aux films. Une manière de mettre en avant tes goûts et de donner quelques coups de griffe au passage ?

Dans tous mes romans, l’air de rien, j’accorde autant d’importance à la forme qu’au fond, au divertissement qu’à la réflexion. Je suis toujours touché, ravi, quand un lecteur a ces deux niveaux de lecture.

Dans Je l’ai fait pour toi, l’intrigue se situe en partie dans le petit monde de l’édition. Je crois que c’est Stephen King qui a dit qu’il faut avant tout parler de ce que l’on connaît bien, car cela confère plus de crédibilité et de force à son propos. Il ne s’agit pas de coups de griffe mais d’évoquer certaines réalités.

Le milieu a changé, c’est indéniable. Aujourd’hui, tout le monde écrit, ou veut écrire. Le problème, c’est qu’il y a beaucoup plus de personnes qui écrivent que de personnes qui lisent. Je constate souvent que la langue, le style, la syntaxe sont rarement des sujets d’intérêt et de préoccupation. Après tout, les correcteurs, voire les rewriters, sont là pour ça. Si la langue, le style et la syntaxe n’ont qu’une importance secondaire dans la conception d’un livre, autant transmettre nos histoires par voie orale, tous assis autour d’un feu de camp ! Si on choisit la voie littéraire, c’est bien pour avoir le plaisir et l’honneur de jouer avec les mots, parce que chaque mot doit être à sa place.

Le pire, c’est d’entendre un auteur dire, revendiquer fièrement même, qu’il n’a pas besoin de lire pour écrire. Un musicien n’a-t-il pas besoin de faire ses gammes, d’écouter ses confrères, pour s’améliorer, avancer, progresser ?

Selon la même logique, s’il souhaite mieux maîtriser son art, un écrivain doit lire, confronter son style à celui des autres. C’est une évidence absolue. Une phrase de la novella L’encre et le sang, co-écrite avec mon confrère et ami Franck Thilliez, illustre bien mon propos : « Croire qu’on est un écrivain ne signifie pas qu’on en est un ».

Nous pouvons extrapoler et appliquer cette formule à toutes les branches artistiques, la musique, le cinéma, la danse, la peinture, etc. Actuellement, beaucoup passent par la littérature dans l’espoir d’œuvrer dans le domaine de la fiction audiovisuelle. Du coup, ils écrivent un roman comme on écrit un scénario. Mais ce n’est pas du tout la même chose, ce sont des métiers différents.

Marlon James, l’écrivain jamaïcain, résume parfaitement la situation quand il dit : « Trop d’écrivains travaillent dans ce sens de nos jours. C’est trop cinématographique et pas assez littéraire. On n’a plus envie de leur dire « bravo pour ton livre » mais plutôt « bravo pour ton scénario ».

Avec cette intrigue, c’est comme si le lecteur était plongé dans le scénario d’une série. C’est une déformation professionnelle ou tu as une idée derrière la tête ?

Nulle déformation professionnelle, puisque j’aborde ces deux métiers de façon très différente. Cela n’empêche pas de penser à une adaptation, encore un autre métier.

Ceci dit, Samuel Moss a tout ce qu’il faut pour faire un héros de série télé. Je ne suis pas le seul à le penser. On en reparle vite, très vite :-).

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Photo : Melania Avanzato

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Le sang du monstre – Ali Land

chronique-litteraire

Ali Land Le sang du monstreBon sang, quel excellent roman ! L’éditeur Sonatine est définitivement incontournable pour qui est amateur de thrillers psychologiques puissants et inventifs.

Enfance traumatique

Pour sortir du lot d’un sous-genre littéraire aussi prolifique, il faut trouver sa voix. Ali Land a clairement trouvé la sienne dès son premier roman. Le sang du monstre est une plongée dans la psyché d’une adolescente de 15 ans ayant passé toute sa vie au coté d’une mère « différente ». Une maman extrêmement présente, infirmière le jour, tortionnaire et tueuse en série la nuit… Jusqu’à qu’elle la dénonce et se retrouve placée en famille d’accueil.

Comment se sort-on d’une enfance traumatique, où les repères ont été inculqués à travers le prisme d’un esprit malade et violent ? Comment trouver sa place dans une société qui elle-même accepte la violence des relations quotidienne ?

Ali Land est une ancienne infirmière en pédopsychiatrie et a toujours été fascinée par la santé mentale des ados. Une fascination que l’on retrouve dans chaque paragraphe de cet épatante histoire et les yeux cette jeune fille narratrice (le roman est écrit à la première personne).

Hyper expressivité

Mais qu’est-ce-qui peut bien faire la différence et sortir ce roman du lot ? Sa narration justement et l’abîme de cette plongée psychologique. Ali Land est anglaise. On est donc loin du style parfois assez lisse des romans d’outre-atlantique. Le style de l’auteure est hyper expressif, parfois cru, et tellement empli de sous-entendus que le lecteur ne sait jamais sur quel pied danser.

Le genre de lecture qui rend nerveux ; syndrome des jambes sans repos ; la boule au ventre tant on s’attache au personnage tout en craignant de découvrir ce qui se cache derrière sa personnalité complexe.

Difficile de garder son sang-froid face à cette intrigue dure et cette écriture syncopée. Ali Land découpe son style tout autant qu’elle autopsie les pensées de son héroïne. Écriture haletante, changement de tempos, et le lecteur est pris à la gorge à force de découvrir l’inconcevable de ce qu’à vécu Annie durant son passé. Et à se faire un sang d’encre également, à la suivre, tentant de se faire une place dans le monde impitoyable des adolescents.

Subtilité qui engendre le malaise

Le récit est admirablement construit, sans que l’auteure n’en fasse des tonnes, toujours avec une subtilité qui engendre le malaise. Le sang du monstre est un roman sur la complexité des relations parents-enfants, le lien indéfectible qu’on peut avoir avec un géniteur pourtant violent. On ressent la culpabilité que peut éprouver la victime et son sentiment de ne pas être normale. On vit à fond, en accompagnant la narratrice, les doutes, les failles et les comportements induits d’une telle « éducation ». Toujours avec finesse. Un personnage tellement fort qu’on l’imagine fait de chair et de sang tout au long de ces 350 pages. Bon sang ne saurait mentir ?

Et puis il y a cette réflexion sur la violence adolescente et leur difficulté à trouver leur place sans se perdre dans les excès. Un sujet dans le sujet qui ne fait qu’accentuer la tension.

Ali Land frappe fort avec son premier roman. Elle a clairement quelque chose dans le sang et un talent qui explose à travers sa narration très personnelle, vivante et suggestive. Une belle réussite qui prend aux tripes.

Sortie française : 22 septembre 2016

Éditeur : Sonatine

Genre : Thriller

Traduction : Pierre Szczeciner

Mon ressenti de lecture :

Profondeur : 8/10

Dimension de l’intrigue : 8/10

Psychologie : 9/10

Qualité de l’écriture : 8/10

Émotions : 8/10

Note générale : 8/10

4° de couverture

Après avoir dénoncé sa mère, une tueuse en série, Annie, quinze ans, a été placée dans une famille d’accueil aisée, les Thomas-Blythe. Elle vit aujourd’hui sous le nom de Milly Barnes et a envie, plus que tout, de mener une existence normale et d’être quelqu’un de bien.

Elle a néanmoins beaucoup de difficultés à communiquer avec les ados de son âge et préfère les enfants plus jeunes, plus particulièrement une petite fille vulnérable du voisinage. Sous son nouveau toit, elle est la proie des brimades de Phoebe, la fille des Thomas-Blythe, qui ignore tout de sa véritable identité.

À l’ouverture du procès de la mère de Milly, qui fait déjà la une de tous les médias, la tension monte d’un cran pour la jeune fille dont le comportement va bientôt se faire de plus en plus inquiétant.

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Je l’ai fait pour toi – Laurent Scalese

chronique-litteraire

Laurent Scalese - Je l'ai fait pour toiGare aux assassins en tous genres, ils risquent dorénavant de tomber sur un Moss. Samuel Moss… commandant à la brigade criminelle dans la ville imaginaire de Lazillac-sur-Mer. Un personnage que le lecteur ne risque pas d’oublier, et qu’il devrait retrouver par la suite.

La pêche

Avec l’ambiance sinistre que nous vivons actuellement, Laurent Scalese a voulu nous plonger dans une enquête policière qui paradoxalement donne la pêche. Je l’ai fait pour toi est un pur divertissement, du genre à nous extraire de notre quotidien morose pour nous faire vivre une vraie enquête policière aux cotés d’un personnage étonnant.

Laurent Scalese nous prouve une fois de plus l’importance de proposer de bons personnages dans un roman. L’imagination ne vaut rien si l’intrigue n’est pas soulignée par des personnages marquants, de ceux qu’on n’oublie pas. Je veux affirmer avec force que l’auteur a réussit son affaire.

Samuel Moss est un enquêteur atypique, sorte de dandy des temps modernes, bel homme qui a érigé le non-conformisme en mode de vie. Autant dire que ses relations avec les autres ne manquent pas de piquant. Un personnage à la fois sûr de lui et totalement hypocondriaque, bourré de tocs et de manies et qui ne supporte pas le moindre désordre. Moss, c’est de l’or en barre, loin de ces protagonistes stéréotypés, dépressifs et violents. Pas du tout le style Moi, Moss et méchant.

Méticulosité

Je l’ai fait pour toi est une enquête volontairement classique pour mieux mettre en avant ceux qui gravitent autour. Une intrigue où les détails font la différence et dans laquelle Scalese fait preuve d’une belle méticulosité. Ces détails sont réfléchis, avec une précision de tous les instants, sans que jamais ça n’en devienne une usine à gaz. L’auteur fait d’ailleurs dire avec justesse à son commandant que : « le génie réside vraiment dans la simplicité ».

Tout coule de source avec Laurent Scalese, son style est d’une fluidité admirable, son histoire est limpide. L’atMossphère est rehaussée par les personnages, ce commandant en tête, capable de faire monter le therMosstat en une simple et cinglante giclée verbale.

Car ce sont bien les dialogues qui rendent ce roman particulièrement attachant. Laurent Scalese n’est pas aussi scénariste pour rien, son récit pourrait très facilement s’imaginer en série TV. L’écrivain est un amoureux de l’image ; amateur critique qui s’amuse à saupoudrer son histoire de références cinématographiques et qui fait montre d’une amusante et mordante auto-dérision concernant les fictions télévisuelles. L’auteur est taquin, tout comme ce Samuel Moss. Un brin nostalgique aussi. Rigoureux dans sa prose, autant que drôle dans son histoire.

Personnage qui va marquer les esprits

Scalese parle de milieux qu’il connaît sur le bout des doigts, au point de situer son intrigue dans le cosMoss littéraire (un des personnages importants étant éditrice).

Ce Samuel Moss va marquer les esprits. C’est bien simple, j’ai l’impression qu’il existe vraiment, tant j’ai aimé le côtoyer durant ces 350 pages.

Avec Je l’ai fait pour toi, Laurent Scalese n’a d’autre ambition que de nous proposer un vrai et bon divertissement, sans prétention mal placée et avec la volonté de nous sortir de notre quotidien (et avec le sourire). Oui, pas de doute, ce roman il l’a fait pour nous.

Lien vers l’interview réalisée avec Laurent Scalese au sujet de ce roman

Sortie française : 22 septembre 2016

Éditeur : Belfond

Genre : Polar

Mon ressenti de lecture :

Profondeur : 7/10

Dimension de l’intrigue : 7/10

Psychologie : 8/10

Qualité de l’écriture : 8/10

Émotions : 8/10

Note générale : 7,5/10

4° de couverture

Bienvenue à Lazillac-sur-Mer, dans l’univers du commandant Samuel Moss dont les armes sont le charme, la séduction et l’art du détail : rien ne lui échappe, que ce soit sur une scène de crime ou au quotidien.

Cette histoire débute quand la romancière à succès Jade Grivier est retrouvée morte chez elle, dans son bureau, suicidée. Après avoir inspecté les lieux, à sa façon, Samuel Moss conclut qu’il ne s’agit pas d’un suicide mais d’un homicide, dont il identifie immédiatement le coupable. Le plus compliqué, maintenant, pour Samuel Moss, est de comprendre comment le meurtrier a procédé et de prouver sa culpabilité, avec élégance bien sûr, et surtout sans salir ses nouvelles chaussures sur la plage de Lazillac…

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Interview – 1 livre en 5 questions : Ne sautez pas ! – Frédéric Ernotte

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1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre. 5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Frédéric Ernotte - Ne sautez pas

Frédéric Ernotte

Titre : Ne sautez pas !

Sortie : 26 août 2016

Éditeur : Lajouanie

Lien vers ma chronique du roman

Juste petit un prologue à l’interview pour m’insurger haut et fort ! Trois ans. Exactement trois ans ! Trois longues années à chercher ces maudits trois mots pour me définir… Et toi, tu ne me poses pas la question. Je suis dépité, Yvan !🙂

Réponse de l’intervieweur : cher Frédéric, tu avais eu l’occasion de répondre à cette question capitale il y a trois ans, tu avais décidé de botter en touche et de faire le malin (pour en avoir la preuve, voir ICI). C’est donc une juste punition😉. Allez, je te repose cette question dans 3 ans !

Après un premier thriller très réussi, tu aurais pu réutiliser la même recette. Tu as, au contraire, décidé de te lancer dans une histoire très différente. Comment en es-tu arrivé là ?

J’ai avant tout écarté l’idée d’une histoire d’amour sado-maso entre un vampire et un loup-garou intitulé « 30 nuances de crocs » dont je t’avais parlé dans la dernière interview…

Plus sérieusement, ça donne le vertige un deuxième roman et j’avais dans mes cartons cette idée d’un gars montant sur le toit de Bruxelles pour réclamer de l’argent à des entreprises pour faire des dons. Je n’avais pas d’étiquette à coller sur cette histoire. A l’usage, c’est devenu un mélange d’humour et de suspense. J’ai pensé que c’était le ton le plus juste pour aborder le sujet. Mon premier objectif était d’écrire un livre divertissant. Que les lecteurs tournent les pages en se disant : jusqu’où va aller Mathias ? Maurice poussera-t-il le bouchon un peu loin ? J’ai joué avec les codes du polar et d’autres genres en fonction des besoins. Une idée en tête : parler de nous et surprendre…

Ton histoire baigne dans l’univers des associations humanitaires sans qu’elle ne soit pour autant moralisatrice. C’était un piège à éviter, selon toi ?

Quitte à flirter avec le risque, autant y aller à fond en prenant un sujet bien casse-gueule. On est sur le fil du rasoir en permanence. Écrire un livre à message(s) ne m’intéressait pas. Je pense que Ne sautez pas ! est plutôt un livre à débats. Des portes ouvertes pour aller plus loin que le divertissement si on le souhaite. C’est un exercice périlleux et je remercie le ciel d’avoir de si bons correcteurs à mes côtés. Il doit exister au moins dix versions du livre tellement le dosage était crucial… Nous nous sommes amusés comme des petits fous avec ce cocktail.

Comme je te le disais, j’avais envie de parler de nous. De notre quotidien. De nos doutes. De nos contradictions. De ce qu’on ressent quand on nous demande d’aider des associations en permanence. On ne peut pas aider tout le monde. Il faut faire des choix et je trouve ça compliqué à encaisser et à expliquer. Du coup, est-ce mal de n’aider personne ? Et que se passe-t-il quand de bonnes intentions nous font perdre la tête ? Croire qu’il n’existe qu’une réponse à ces questions serait stupide. Croire que c’est moi qui la détient, encore plus. Par contre, ce sont des discussions passionnantes. Si mon livre les ouvre, j’ai tout gagné.

Ton formidable personnage principal fait preuve à la fois de cynisme et d’empathie. Pas juste un banal personnage de papier, mais un homme profondément humain…

Je voulais que les lecteurs pensent pouvoir croiser Mathias dans la rue. J’ai un lien spécial avec ce laveur de vitres parce que je suis persuadé depuis la première ligne qu’un personnage sans relief aurait conduit le roman droit dans un mur.

La construction de mon premier roman C’est dans la boîte étant ce qu’elle est, c’est la première fois que je passe autant de pages avec les mêmes personnages. Et que ces pauvres personnages passent autant de temps avec moi. C’était nouveau et je me suis beaucoup attaché à eux.

Je voulais que Mathias soit une girouette. C’est humain de ne pas toujours avoir les mêmes réactions ou les mêmes envies. De penser des choses et de changer d’avis. De se poser certaines questions essentielles et d’autres absurdes. Mathias est un monsieur Tout-le-Monde mis dans une situation extraordinaire. Je crois que ses maladresses le rendent sympathique et attachant. Pourtant, il n’épargne personne. D’ailleurs, il ne s’épargne pas non plus. Il invente des plans de plus en plus dingues pour aider les autres, mais il le fait surtout par amour, par orgueil et par challenge. Ce sont des motivations profondément humaines.

On sent que tu t’es vraiment amusé à raconter cette histoire inclassable, à coups de bons mots et de surprises😉

Je me suis éclaté, j’avoue. Et j’ai pris énormément de plaisir à compliquer la vie des libraires qui ne savent pas où classer mon roman (ndlr : je conseille aux libraires qui lisent cette interview de placer Ne sautez pas ! directement dans les mains des lecteurs. C’est une option qui règle le problème de rangement).

Avec les Editions Lajouanie, j’ai trouvé un partenaire qui aime élargir le cadre et mélanger les genres. Des « policiers mais pas que… » qui côtoient des romans « pas policiers mais presque… »  C’est le paradis pour un auteur comme moi. J’ai gardé mon amour du côté ludique des livres. Je tente de travailler en gardant en tête ce que j’aime en tant que lecteur. Ça permet de ne pas s’ennuyer pendant l’écriture.

C’est peut-être moins visible, mais j’ai aussi pris énormément de plaisir en faisant mes recherches. Je ne vais pas m’étendre sur mon légendaire vertige. Par contre, j’ai envie de citer Raphaël de Médecins Sans Frontières, qui (à la surprise générale de la foule en délire) existe réellement et s’appelle Raphaël comme son homologue de papier. Une magnifique rencontre qui m’a énormément fait réfléchir alors que je pensais être dans ma zone de confort en collectant des informations pour étoffer le roman. La vie d’un auteur est pleine de surprises et c’est une excellente nouvelle.

Monter sur un toit, c’est une manière de prendre de la hauteur ?

Vous me faites quatre pages sur la question pour la semaine prochaine. Times New Roman, 12, interligne 1,5. Et pas la peine d’agrandir les marges, on ne me la fait pas !

Je crois que j’avais besoin d’air et que monter sur un toit était une bonne option. Ceci dit, il existe de nombreuses manières de prendre de la hauteur. À défaut d’avoir un toit sous la main, on peut se contenter de freiner nos vies et de s’asseoir cinq minutes près de quelqu’un pour discuter, par exemple. Le but n’est pas de devenir un saint. On peut simplement faire un compliment. Aider un(e) inconnu(e) à porter un objet lourd. Déverrouiller un visage fermé en lui souriant. La liste est longue et vous allez avoir besoin d’un lunch box si je continue. Donc, pour éviter le malaise vagal, on pourrait retenir de tout cela qu’il n’y a pas que l’argent qui aide quelqu’un… Et vous pouvez faire quatre pages sur la question pour la semaine prochaine. Times New Roman, 12, interligne 1,5. Et pas la peine d’agrandir les marges, on ne me la fait pas !

frederic-ernotte

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Interview – 1 livre en 5 questions : Le garçon – Marcus Malte

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1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre. 5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger.

Marcus Malte - Le garçon

Marcus Malte

Titre : Le garçon

Sortie : 18 août 2016

Éditeur : Zulma

Lien vers ma chronique de cet éblouissant roman

Avec ce nouveau roman, tu t’éloignes du polar. Comment t’est venue l’envie de te lancer dans une telle histoire ?

L’envie de changement, justement. Le souci, ou plutôt le désir de ne pas me répéter, ni dans le fond ni dans la forme. Explorer une autre voix, et par conséquent une autre voie car, chez moi, tout part de la langue, du son.

Je savais qu’en empruntant une tonalité différente, cela m’entraînerait dans un univers différent. En réalité, je fais ça pour chaque roman, mais c’est sans doute plus flagrant dans celui-ci.

Ton personnage principal est incroyable. Il ne parle pas et tu le racontes à travers les mots des autres. Est-ce-que ça rendait l’exercice encore plus difficile ?

Disons que c’était un petit défi supplémentaire. Cela m’obligeait à trouver pour le personnage un autre mode d’expression. Ses pensées, ses sensations, ses sentiments, comment les transmettre autrement que par le langage ?

On est alors obligé d’accorder davantage d’importance aux gestes, aux regards, au comportement en général. Les actes mentent plus difficilement que les paroles.

Et puis, comme tu l’as souligné, cela laissait finalement plus de place aux mots des autres personnages, ceux que le garçon va croiser sur sa route et qui ont aussi une grande importance dans l’histoire.

Appréhender le monde sans aucune expérience, comme le fait ce personnage, ouvrait des perspectives immenses, non ?

Oui. On peut même le prendre comme une métaphore du roman : une page vierge sur laquelle tout peut s’écrire…

C’est une véritable fresque que tu nous proposes là, à travers plus de 500 pages et le début du XXème siècle. Qu’est-ce-qui t’a poussé à choisir cette période et cette manière de peindre ce récit ?

Une fresque, je ne sais pas, mais je voulais quelque chose de vaste, d’une certaine ampleur et avec un certain souffle, quelque chose aussi qui m’emmène ailleurs, dans l’espace et dans le temps.

Jusque-là j’avais toujours situé mes romans à notre époque, j’avais beaucoup décrit le monde contemporain, notamment par ses travers, alors peut-être étais-je arrivé à un moment où ce monde, notre monde, me pesait trop, où j’avais besoin de m’en éloigner, au moins par la fiction.

Un grand bol d’air, d’une certaine façon. Pour respirer mieux.

Comme à ton habitude et même plus encore, tu as soigné ton écriture, pleine de fulgurances et de poésie. Ce roman t’a-t-il demandé plus de travail que tes précédents ?

Aussi bien en tant que lecteur qu’en tant qu’auteur, c’est l’écriture qui me porte, bien plus que l’histoire elle-même. L’idéal étant, bien sûr, que l’une soit aussi forte que l’autre et que les deux ensemble s’accordent et se complètent.

Alors, oui, je soigne, je peaufine. L’écriture est souvent lente et laborieuse – j’espère que cela ne se ressent pas à la lecture !

Et ce roman m’a demandé plus de travail que les précédents, ne serait-ce qu’à cause de sa longueur. J’y ai consacré, en gros, cinq ans de ma vie. Mais qu’est-ce que c’est, au fond, que cinq petites années, pour voir naître et grandir un Garçon ? marcus-malte

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